De retour de Québec Land

 BANDE-DESSINÉE

« Oh tu vas voir, le Québec c’est super ! » Alors que leur départ approche, tout le monde, dans l’entourage des deux futurs auteurs, leur vante les mérites de la lointaine province francophone… C’est donc un peu avec l’idée d’arriver dans une sorte de parc d’attraction géant à la Disneyland, qu’ils débarquent au Québec en avril 2011.

Le titre de leur ouvrage, Québec Land, y fera référence. D’abord publiée sous forme de blog dessiné, sur la plateforme numérique Delitoon, la BD visait à rapporter avec humour les plaisirs, les petites galères et autres anecdotes que le couple a pu rencontrer tout au long de son séjour. Sans jamais tomber dans les clichés, les deux expatriés livrent, sous forme de strips, un récit à la fois intime et presque universel. Les épisodes délivrés au fur et à mesure de leur installation et de leurs aventures quotidiennes ont rapidement connu un grand succès sur internet.

L’envie de partager leur expérience a trouvé une suite naturelle, en juin, avec la sortie papier de Québec Land, chez l’éditeur Sarbacane. L’occasion pour nous d’aller à leur rencontre.

 

Pouvez-vous nous parler de la genèse du projet ?

 

Quand nous avons débarqué à Montréal, avec nos valises et notre chat, nous avons un peu galéré. Nous sommes arrivés chez quelqu’un que nous ne connaissions pas vraiment, il nous a fallu trouver du travail, trouver un logement… Nous ne connaissions presque personne sur place. Et puis, quand tu débarques en avril à Montréal pour trouver un appartement, qu’il fait zéro voire moins, qu’il y a d’énormes monticules de neige devant les maisons, tu n’es pas vraiment prêt à arpenter les rues avec tes petites chaussures de parisien. Bref, une fois installés, après une trentaine de visites, quand nous avons relu les notes que nous avions prises pendant cette période, tous ces petits billets d’humeur, nous nous sommes bien marrés ! Et nous nous sommes dit qu’il fallait partager ça.

 

Certains font ça sous forme d’un blog classique, mais comme nous sommes, tous les deux férus, de BD, nous avons choisi cette forme. Quand nous nous sommes lancés dans ce projet, nous avions vraiment Le combat ordinaire de Larcenet en tête. Ce côté à la fois extrêmement intimiste mais suffisamment universel, d’où le succès que ça a eu d’ailleurs. Nous n’avons pas la prétention de dire que nous avons fait comme lui, mais c’était une de nos références au démarrage. Les Carnets de Notes de Boulet aussi ont été une référence, ainsi que L’Auberge espagnole pour l’aspect expérience à l’étranger. Cela dit, comme ni l’un ni l’autre ne dessinions, nous nous sommes demandé comment faire. Nous avons mis une petite annonce sur le web et coup de bol : nous sommes tombés sur Aude Massot. Elle était arrivée à Montréal en avril en PVT pour un contrat de storyboard dans le dessin animé. Elle aussi avait envie de raconter son expérience mais ne savait pas comment. Elle est repartie en France deux mois plus tard, mais nous avons continué à travailler avec elle à distance, en parallèle de nos boulots respectifs. La BD est un média qui a ses propres codes.

 

À quelles contraintes avez-vous été confrontés ?

 

Il a fallu apprendre le fonctionnement du support BD, notamment en termes de découpage. Ça a vraiment été le gros du travail. Produire pour le web imposait aussi de captiver le lecteur rapidement, car celui-ci est moins absorbé par l’écran que par un support papier. C’est une particularité. Il fallait donc faire des épisodes assez courts pour publier chaque semaine. Deux minutes trente de lecture qui nous demandaient dix jours de boulot ! Après les trois premiers épisodes, nous étions déjà à flux tendu et ça devenait difficile de produire. L’avantage, c’est que Delitoon nous permettait de prendre instantanément la température. Le premier épisode a donné le ton, nous avons ensuite voulu le garder. C’était un peu comme notre point d’ancrage. La frontière entre l’intime et ce que nous voulions vraiment dire s’est écrite assez naturellement après ce premier épisode. Nous nous sommes assez vite dégagés des personnages pour nous attarder davantage sur les situations et le comique de situation.

 

Après deux ou trois épisodes, nous nous sommes rendus compte que nos personnages ne devaient pas trop parler pour garder cet équilibre. Il a aussi fallu doser la private joke et gérer la susceptibilité des uns et des autres. Il fallait constamment se rappeler que nous nous adressions à un lecteur lambda. Et même s’il y a plusieurs niveaux de lecture, et que certains se reconnaissent plus dans certaines situations que d’autres, le propos était quand même de rester dans la thématique de l’expatriation.

 

Au neuvième épisode, nous avons dit à nos lecteurs qu’on faisait une pause de deux mois pour les vacances d’été. Aude a réussi à nous rejoindre pendant cette période et nous avons pu avancer sur le projet ensemble de vive voix. Nous sommes ensuite rentré en France et avons publié le dernier épisode deux mois après notre retour.

 

Avez-vous dû fournir un travail supplémentaire particulier pour l’adaptation au format papier ?

 

Le passage du numérique au papier n’a pas posé particulièrement de problème. Aude a eu un gros travail de nettoyage de ses planches car le rendu numérique et papier n’est pas exactement le même. Pour que le bouquin soit fluide, il y a eu quelques retouches mais pas beaucoup. L’éditeur, Sarbacane, a fait un beau travail sur la maquette notamment au niveau des couleurs. Comme c’était notre premier travail d’écriture, nous nous sommes amusés aussi à tester plein de choses. Par contre, beaucoup de lecteurs du blog, avec qui nous avions tissé un lien fort, nous ont demandé s’il y aurait quelque chose de plus dans la version papier. Nous y avions pensé, mais les problématiques dues à l’impression nous ont forcés à rester dans le même format, la même pagination. Nous voulions quelque chose qui, sans être un guide pur, adopterait un format similaire, avec un prix de vente modéré. Parce que quand tu pars en expatriation, au début tu comptes quand même un peu tes sous. Donc nous ne voulions pas que les gens se ruinent pour l’acheter.

 

Qu’en est-il de l’accueil de votre ouvrage au Québec ? Avez-vous eu quelques retours ?

 

Il est publié là-bas depuis le 14 juin 2014 et nous sommes très content de l’accueil. Nous avons eu un peu peur au début avec le titre  car certains Québecois n’appréciaient pas l’utilisation d’un mot anglais. Chez eux, la défense de la langue française est primordiale…  Mais nous avons eu deux articles dans la presse et ça a fait plaisir de voir qu’ils avaient bien compris notre démarche. Nous n’avons jamais eu la prétention de dire ce qu’est le Québec ou comment sont ses habitants. Simplement de proposer notre regard, ce que nous avons vu, entendu, ce que nous y avons senti. Les Québecois nous disaient que, même s’il y a beaucoup de Français là-bas, c’est intéressant et rare pour eux de voir à travers les yeux des expatriés.

 

Nous avons essayé d’éviter de sonner faux, de tomber dans les clichés notamment au niveau de la langue. Nous voulions sortir des lieux communs, ne pas faire un lexique des expressions québécoises… Ce qui a déjà été fait mille fois !

 

D’autres projets similaires en cours ou à venir ?

 

Nous étions au Japon il y a quelques mois, mais nous n’avions pas les finances pour rester aussi longtemps que nous l’aurions souhaité. Nous sommes partis avec l’idée d’écrire quelque chose mais sur place, rien ne venait… Jusqu’au dernier jour, quand tout s’est débloqué lors d’un tremblement de terre ! Nous n’en dirons pas plus mais en tout cas, ça ne prendra pas la même forme puisque cette fois, il ne s’agira pas d’expatriation.

• PROPOS RECUEILLIS PAR FRÉDÉRIC DAVY

En 2011, Edouard Bourré-Guilbert et Pauline Bardin partent au Québec en PVT (Permis Vacances Travail), accompagnés de leur chat.Une fois sur place, ces deux jeunes sarthois décident de raconter leur expérience d’expatriés sous la forme d’une bande dessinée, avec l’aide de l’illustratrice Aude MASSOT.

Québec land, petit guide d’une installation réussie au Canada, naît d’abord sur le web, Avant de devenir un livre. Une expérience inédite et spontanée pour ces deux apprentis auteurs.

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