Woman on the moon

MUSIQUE

Les yeux fermés, on perçoit de longues mélopées de chœurs qui s’entremêlent. Un souffle musical éthéré et rassurant qui vous inonde et vous entoure. On s’imagine, seul, perdu en plein dé- sert, unique habitant d’une oasis rassurante et hors du temps. Quand on ouvre les yeux, on découvre une scène dressée sur plu- sieurs niveaux, habillée par de simples touches de lumières oranges. Au milieu de ce décor lunaire, la chanteuse Nathalie Réaux termine sa chanson avant de lancer un dernier regard complice à ses musiciens. Pagan Poetry, c’est d’abord et surtout elle. Elle qui traîne ses chansons dans ses bagages depuis près de dix ans. Elle qui a joué avec Syd Matters, Katel, Claire Diterzi ou encore Nosfell, tout ce que la scène française compte de poètes et de trublions. Elle qui s’affranchit enfin de cette tutelle artistique pour voler de ses propres ailes. Son bébé porte le nom d’un morceau de Björk. Son acte de naissance officiel porte la date du 4 novembre 2013, date de sortie du premier EP de Pagan Poetry, intitulé The Unseen. « Ça a été une véritable et longue aventure pour cet enregistrement. Si on compte tous les projets auxquels je participe, ceux de mes musiciens, on peut dire que ça a été difficile de se retrouver tous ensemble. Maintenant, plus ça va, plus Pagan Poetry sera une priorité. C’est mon projet, même si ce n’est pas un projet qui me nourrit encore. »

 

Une naissance en plein chaos musical

 

Difficile de résumer la musique de Pagan Poetry dès la première écoute. Entre folk, rock et électro épurée, le répertoire s’élargit sans cesse, repoussant les étiquettes, réunissant les styles pour n’en faire qu’un, unique. « J’ai une vision de ma musique très cinématographique. D’ailleurs, ce premier disque se déroule sur une seule plage, sans rup- tures, comme dans un film », explique Nathalie. « Pour moi, la musique est très liée à l’image. La musique m’a toujours donné des visions, et inversement. La musique de cinéma m’a toujours inspiré. Les compositions de John Barry, de Danny Elfman, m’ont beaucoup marqué. Il y a, comme ça, une espèce d’alliance entre l’image et le son qui relève parfois de la magie. » A l’heure où l’industrie de la musique est en complète mutation, hésitant encore entre support physique ou numéri- que, répression ou compréhension de ce nouvel outil de diffusion, le projet porté par Pagan Poetry fait figure d’ovni. Pas de singles radio, pas d’étiquettes musicales à coller dessus, pas de vernis marketing à faire reluire. Le label Elap (Ecoutez Les Anges de Près - l’écurie des 49 Swimming Pools) a pourtant souhaité porter et supporter Pagan Poetry. C’est par eux que transitent maintenant conseils et distribution numérique des chansons, sans entraves. « J’ai voulu faire cet EP de façon totalement autonome et libre. J’avais peur qu’on me dise : il faut mettre un peu plus de ceci, moins de cela. Je voulais être absolument libre dans mon choix de musique, de création. Comme c’est mon premier projet personnel, malgré le fait que je sois depuis longtemps déjà dans le milieu professionnel, j’avais peur que des gens aient une certaine forme de pouvoir sur moi à partir du moment où j’avais signé chez eux. Je ne voulais pas y être confrontée. » Armée de cet EP et d’un très beau clip, réalisé avec des images de synthèse, Nathalie va maintenant devoir démarcher les programmateurs. Porté par une excellente critique, Pagan Poetry doit maintenant trouver son public.

 

La musique peut se passer des mots

 

De ses nombreuses participations aux disques et aux tournées des autres, on aurait pu penser que Nathalie Réaux aime à se faire diriger, à se fondre dans l’ombre musicale de ses interprètes. Il n’en est rien. A la voir diriger son petit monde sur scène, à préciser ses besoins auprès des musiciens, on sent d’emblée un tempérament de meneuse chez la chanteuse. « L’EP est très fidèle à ce que j’avais créé toute seule dans mes maquettes, avec une dimension un peu électro. Mais dans les concerts, on s’autorise à revisiter tout ça : les arrangements, les structures. Pour moi, un album, c’est une photo d’un moment. Le live, par contre, doit être très vivant, très mouvant. Comme je travaille avec des musiciens qui sont très bons, ils n’ont pas peur d’improviser, de faire bouger les choses. Pour les concerts en appartement, par exemple, le résultat final est très proche de la musique de chambre. J’ai envie de ça pour ne pas m’ennuyer. La musique est faite pour être protéïforme. Et ça n’enlève rien à l’essence de la chanson. C’est juste la robe que tu lui mets : des fois, c’est une robe à fleurs toute légère, d’autres fois, c’est une vraie robe de soirée. Mais c’est toujours le même corps dedans. » Quand elle parle de sa musique, Nathalie la décrit comme poétique, scintillante mais aussi terrienne et ancrée dans le sol. Tellurique. Ceux qui ont eu l’occasion de voir Pagan Poetry sur scène peuvent confimer cet étrange mélange, teinté de mysticisme. « C’est bien parce que, ce que j’ai mis dans l’intention, dans l’émotion, est reçu comme je l’espérais. Pour un artiste, ça, c’est un vrai cadeau », se félicite Nathalie. « Souvent, il y a un décalage entre ce que tu as voulu faire et la façon dont les gens le perçoivent. Pour l’instant, à chaque fois que des auditeurs me parlent de ma musique, j’ai l’impression qu’ils ont perçu ce que je voulais exprimer. Même si c’est en anglais, qu’ils ne comprennent pas tout le texte, je sens qu’il y a quelque chose qui est passé, quelque chose qui n’a pas besoin de mots. »

La résidence de création à la salle Jean-Carmet sera la seule pour Pagan Poetry. Trop compliqué de se réunir, de trouver un hôte. Une seule semaine pour tout caler, pour travailler l’espace scénique. Le reste se fera au gré des concerts glanés grâce à ce premier EP. « Il faut maintenant que je compose beaucoup d’ici la fin de l’année, en vue d’un album à venir. C’est le bon moment. Parce qu’après l’EP, je n’en peux plus de ces morceaux (rires). J’ai très envie de passer à autre chose, tout en étant très heureuse de mes chansons. Je suis fière de ce résultat. Mais quand tu les as écouté, mixé des millions de fois... Là, je sens que l’énergie créatrice revient, donc c’est très bien.»

• YANN LEDOS

Après avoir longtemps mêlée sa voix à celles des autres, Nathalie Réaux a enfin trouvé la sienne. Une voix chaleureuse et aérienne qui caractérise son premier projet solo, baptisé Pagan Poetry. Accompagnée sur scène par des musiciens, c’est elle qui écrit, compose et arrange tous les morceaux. Après deux ans de travail, Pagan Poetry se dévoile maintenant sur scène et sur disque, avec la sortie d’une premier EP (Extended Play : un court album). Un premier pas qui vient officialiser la naissance du groupe.

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